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 Liberté

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Naokii
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MessageSujet: Liberté   Mer 13 Aoû - 17:46

Salut salut! Une petite histoire toute mimi (pour une fois)! Dites-moi ce que vous en pensez!


Liberté

Elle tomba de la fenêtre avec un bruit sourd. Un de ses bras s'arracha dans sa chute. Tant pis. Elle le recoudrait plus tard. Au moins, elle était libre. Elle se leva et ramassa son membre de tissus avant d'aviser les alentours. La ville endormie était silencieuse, seulement bercée par le hululement des chouettes. Ce calme ambiant était en parfaite opposition avec le brouhaha quotidien qu'elle entendait depuis la fenêtre de sa cellule. Un chat miaula, elle sursauta. Même si ces instants de liberté nocturne lui avaient permis de se familiariser avec la ville, elle restait attentive au moindre petit bruit. Si les scientifiques la voyaient, elle en subirait les conséquences et elle savait qu'elle n'y survivrait sans doute pas. Mais elle avait besoin de cette liberté éphémère. Ainsi, elle oubliait ne serait-ce qu'un peu le calvaire et l'enfer qu'elle vivait chaque jour. Avec un dernier regard pour le manoir qu'elle venait de quitter, elle s'éloigna. Elle ne savait pas où aller, elle suivait son instinct. Du moment qu'elle était le plus loin possible de la bâtisse scientifique qu'elle venait de quitter, ça lui allait. Il fallait seulement qu'elle soit rentrée avant l'aube. D'un petit saut gracieux, elle enjamba un ruisseau et s'assit sur un rocher, les jambes dans l'eau. Elle sortit d'un pan de sa robe en lambeaux une aiguille et une bobine de fil et commença à raccommoder son bras déchiré. La piqûre de l'aiguille la chatouillait. Ce picotement ne la dérangeait pas. Au contraire. Grâce à lui, elle se sentait vivante. Du moins, un peu plus que d'habitude. Un peu moins morte. Un peu moins monstrueuse. Un bruissement de feuille derrière elle la surprit. La panique la gagna. Que se passerait-il si quelqu'un la trouvait ici? Elle, qui n'appartenait plus au monde des humains depuis longtemps déjà? Elle serait, au mieux, tuée, au pire, ramenée au manoir. Non. Non, elle ne voulait pas y retourner. Pas tout de suite. Un lapin sortit d'un buisson, de l'autre côté du ruisseau. Elle soupira de soulagement. Ce n'était qu'un lapin. Juste un lapin. Rien de grave, n'est-ce pas? Alors, à qui appartenaient ces deux jambes élancées qui se tenaient devant elle? Les lapins n'étaient pas aussi grands, n'est-ce pas? Terrorisée, elle leva les yeux. Un homme. Devant elle se tenait un jeune homme à l'allure noble. Il la fixait, ou plutôt fixait son bras à moitié recousu de ses yeux étrangement gris. Brusquement, elle se leva et voulut partir en courant. Mais le jeune homme la retint par son bras tout juste retenu à son épaule par un mince fil de coton. Le membre céda et elle partit en courant, sans un regard de plus pour le jeune homme qui affichait un air stupéfait et tenait toujours le bras en tissus. Qu'avait-il vu? Tout. Absolument tout. Et s'il la rattrapait, que se passerait-il? Il la ramènerait à l'asile. Ou il la tuerait. Il ne fallait pas qu'elle s'arrête. Surtout pas. Sinon, elle courait à sa perte. Elle entendit des pas précipités dans son dos. Il la suivait. Elle accéléra. La terreur s'emparait d'elle petit à petit. Elle se prit les pieds dans une racine et tomba dans un bruit sourd. Aucune douleur. Juste de la peur. Une peur terrible. Elle se retourna en tremblant. Il était là, devant elle, essoufflé. Il tenait toujours son bras. Hésitant, il s'approcha d'elle. Elle recula, la cheville coincée sous la racine. Il s'accroupit face à elle. Elle frémit, les lèvres tremblotantes et le regard paniqué. Qu'allait-il se passer, à présent? C'était fini. Tous ses efforts pour essayer de s'échapper de ce manoir dans lequel elle vivait l'enfer venaient de tomber à l'eau. Sa liberté éphémère venait d'être brisée comme on arracherait les ailes d'un papillon. Jamais elle ne verrait la lumière du jour autrement que depuis la fenêtre de sa cellule. Le jeune homme lui sourit nerveusement. Des larmes amères de frustration menaçaient de couler sur les joues de la malheureuse. Lorsque la première larme dévala sa joue presque grise, il la recueillit avec délicatesse. Elle leva alors ses yeux rouges vers lui et l'inconnu lui sourit une nouvelle fois. Elle ne comprenait pas. N'allait-il pas la livrer aux scientifiques? Son aspect ne trompait pourtant personne. Une fille mi-humaine, mi-poupée de chiffon, ça ne courait pas les rues. Alors, pourquoi? Embarrassé, il lui tendit son bras. Ce geste insolite aurait fait rire n'importe qui d'autre mais l'atmosphère ne s'y prêtait pas. L'un était gêné et nerveux tandis que l'autre était terrorisée et tremblait de tout son corps. Elle se saisit de son bras, du fil et de l'aiguille, puis commença à recoudre le membre de chiffon. Le jeune l'observa, la contempla, intrigué. Elle n'était pas bien vieille, dix-sept ans tout au plus. Il songea qu'elle était jolie, malgré son physique particulier. Ses longs cheveux rouges étaient parsemés de fils de laines de la même couleur et encadraient avec grâce son visage presque gris. D'un coup de dents, elle coupa le fil et fit un nœud. Elle glissa le fil sous les pans de sa robe et plaça l'aiguille dans ses cheveux. Puis elle le fixa. La terreur ne quittait pas son regard. Qu'allait-il lui faire, maintenant? Courir ne lui servirait à rien. Elle n'était pas assez rapide et il la rattraperait facilement. Autant rester ici, prête à encaisser la suite des événements. Au fond, elle préférait qu'il la tue. La mort lui permettrait d'être libre à jamais et de sentir un peu moins monstrueuse. Et elle n'aurait plus à supporter le regard curieux qu'il lui lançait à cet instant. Que voulait-il? Qu'attendait-il? Peut-être qu'il n'était pas armé, après tout. Ou peut-être attendait-il simplement que son angoisse atteignît son summum pour la ramener au manoir ou l'achever. Elle baissa la tête, le désespoir la gagnant petit à petit.

- Tuez-moi, murmura-t-elle. Ne me ramenez pas là-bas. Je vous en supplie, tuez-moi. Achevez-moi maintenant. Personne ne me cherchera de toute façon.

Le jeune homme la fixa, étonné par les propos de la créature qui se tenait face à lui. Il savait comment ces scientifiques traitaient leurs expériences, mais il ne se doutait pas qu'ils iraient jusqu'à exploiter des êtres humains. D'un côté, il comprenait qu'elle suppliât de ne pas la ramener au manoir. Mais il ne voulait pas la tuer! Il s'approcha davantage d'elle.

- Vous tuer? Pourquoi ça? Je pensais, en vous observant, que vous rêviez de liberté. Ce n'est pas en mourant que vous serez libre.

Elle le fixa avec une reconnaissance infinie. La panique céda la place au soulagement. D'un geste de la main, elle chassa les larmes qui menaçaient des s'échapper de ses yeux rubis.

- Merci, souffla-t-elle.

Il lui sourit tendrement.

- La liberté est ce qu'il y a de plus au monde. Elle est précieuse et éphémère. Je pense que c'est le plus beau cadeau que l'on puisse recevoir et tout le monde à le droit d'être libre autrement que sous le ciel nocturne. Et fuyez. Fuyez aussi loin que possible.

Elle le fixa, perdue. Non. Elle ne pouvait pas se montrer de jour. Que diraient les gens qu'elle croiserait?

- Mais... Je suis un monstre! Je ne pourrai jamais me montrer le jour!
- Non. Vous n'êtes pas un monstre. Juste différente. Et je trouve que la différence est belle.

Elle lui sourit et acquiesça en courbant l'échine. Elle était libre. Enfin, sa vie prenait un sens. Et grâce à un inconnu, qui plus est. Peut-être que, finalement, le destin n'était si cruel que ça en avait l'air avec elle. Il tendit une main et l'aida à se relever. La lune éclairait leurs deux visages d'une lueur blanchâtre presque fantomatique qui rendait l'atmosphère quasi surnaturelle. Le teint pâle du jeune homme semblait blanc tandis que celui de la jeune femme paraissait fait d'argent. Les cheveux bruns de l'inconnu se confondaient avec la noirceur du ciel nocturne. Les deux jeunes gens se fixaient droit dans les yeux. Le sang se noyait dans l'argent. L'argent plongeait dans le sang. Puis elle lâcha la main du jeune homme et s'enfuit en courant sous son regard ébahi. Il sourit.

Elle épongea le visage brûlant et trempé de sueur de son maître avec une serviette humide. Il lui sourit, affaibli, avant de la congédier tendrement. Elle regarda le vieil homme, le salua en courbant l'échine puis sortit de la chambre du malade. Elle était libre pour l'après-midi. La liberté. Elle y goûtait depuis sept ans. Grâce à un inconnu qu'elle n'avait pas revu depuis cette nuit. À présent, elle vivait dans une ville à l'opposé du manoir. Un vieil homme l'avait prise à son service après l'avoir trouvée recroquevillée sur le sol d'une ruelle sombre, quelques jours après sa rencontre avec le jeune homme. Le jeune homme. Elle y pensait souvent. Elle ne l'avait jamais oublié. Elle lui serait éternellement reconnaissante. Elle sourit et sortit de la petite maison. Il pleuvait. Elle aimait bien la pluie. En sentant les gouttes d'eau lui tomber dessus, elle se sentait encore plus vivante et libre. Elle marcha dans une flaque d'eau, éclaboussant sa vieille et éternelle robe en lambeaux. Elle n'avait pas beaucoup changé en sept ans. Et elle refusait toujours de troquer sa vieille robe contre une neuve. Elle l'aimait bien, cette robe. Elle lui rappelait cette fameuse nuit pendant laquelle elle avait gagné sa liberté. Elle sourit, nostalgique. Elle aurait bien aimé le revoir, au moins une fois, pour le remercier. Mais elle ne savait même pas son nom, alors comment aurait-elle pu le retrouver? Elle sursauta quand une main chaleureuse lui saisit l'épaule. Elle se retourna, surprise et quelque peu effrayée. Il était là. Face à elle. Surprise, elle tombe sur les fesses. Il rit doucement face à son étonnement. Elle n'en croyait pas ces yeux. Il était là, alors qu'elle ne l'espérait plus. Il lui sourit et s'accroupit devant elle.

- Alors, vous êtes libre, à présent?

Elle acquiesça, hébétée. Il lui tendit une main qu'elle saisit et l'aida à se relever. Puis il l'abrita sous son parapluie. Elle était déjà trempée et cela ne la gênait pas, mais l'attention qu'il lui portait li fit plaisir. Elle le remercia d'un hochement de tête. Ils se sourirent mutuellement, gênés par cette proximité soudaine. Puis il parut se souvenir d'un détail important et lui tendit une nouvelle fois la main.

- Dorian, dit-il, et vous?
- Emily, répondit-elle en lui serrant la main.
- Vous a-t-on déjà dit que la liberté vous embellissait davantage?

Elle rougit à l'entente de ce compliment. Il lui sourit de plus belle. C'était un sourire plein de tendresse, et fait de promesses et d'amour. Ce sourire valait bien tout l'or du monde aux yeux de la poupée car, quoiqu'il arrive, elle comprit qu'elle ne serait plus jamais seule comme elle avait pu l'être autrefois.

Fin


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MessageSujet: Re: Liberté   Mer 13 Aoû - 18:09

Trop beau !!   ça me rappelle pourquoi tes nouvelles me manquaient tant... Continue comme ça !
(This is Halloween, this is Halloween... J'adore cette chanson aussi )



Écrire, c'est une façon de parler sans être interrompu...
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Naokii
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MessageSujet: Re: Liberté   Mer 13 Aoû - 21:39

Merci!    ça fait plaisir! 
(Pumpkins scream in the dead of night!)


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MessageSujet: Re: Liberté   Lun 18 Aoû - 7:10

C'est bien écrit, j'aime beaucoup   


Ce que l'on a perdu une fois est perdu à jamais.
Telle est la règle, il n'y a aucune exception.

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Naokii
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MessageSujet: Re: Liberté   Lun 18 Aoû - 14:09

Merci!  


A quoi bon essayer de me faire vainement rentrer dans un moule qui n'est pas le mien?
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